C'est alors qu'il fut frappé par un éclair
de génie: aussi étrange que cela pouvait paraitre, il
fallait faire un documentaire sur ce géant végétal
auquel nous dévouons tant d'efforts et pour lequel nous
sacrifions une bonne partie de notre jugement.
Ian invita
donc Jean-François Méan,
son ami et collaborateur de longue date, ayant lui aussi grandi en
banlieue, à l’accompagner dans l’aventure. Le but
ultime des cinéastes : l’exploration des aspects culturels
et matériels, de même que des racines historiques qui
relient l’Occident à la pelouse.
Dès le départ, les collaborateurs
s’entendirent sur l’orientation du film: pas question
d’en faire un pamphlet strictement écologique, à la
remorque de l’actualité. Il s’agissait plutôt
de faire un film verdoyant et un brin absurde, qui offrirait des pistes
de réflexion plutôt que des constats manichéens.
Ils consultèrent donc toute une kyrielle
d’observateurs, de travailleurs et de penseurs qui oeuvraient
autour de la pelouse, au Canada et aux États-Unis.
La découverte des textes de Serge Bouchard
fut déterminante. Ses propos et sa manière de les
exprimer cadraient exactement avec ce que les réalisateurs
voulaient dire au sujet du gazon, et dès lors
l’anthropologue occupa une place importante dans le film.
Les réalisateurs découvrirent aussi
une grande source d’inspiration en feuilletant le catalogue de
l’exposition American Lawn, du Centre Canadien
d’Architecture. Ils se familiarisèrent avec les propos de
plusieurs experts de la pelouse et avec les témoignages de gens
qui feraient plus tard partie intégrante du film.
Jean-François Méan et Ian Lagarde
proposèrent leur film à l’équipe des Films
de L’Isle en 2004. Les producteurs, Ian Boyd et Peter Haynes,
acceptèrent avec enthousiasme de prendre le projet sous leur
aile.
Télé-Québec se montra
aussitôt intéressé à diffuser le film, de
même que la CBC dans le cadre de l’émission The
Nature of Things. L’appui du Fonds Rogers, du Fonds canadien de
télévision et de la SODEC complétèrent le
financement du projet. L’équipe technique se construisit
alors autour de La Savane américaine. Le tournage, joyeuse
épopée qui l’emmena de Montréal à Las
Vegas, en passant par Levittown, Washington et Louisville, fut une
fascinante incursion dans l’immense territoire américain,
où la pelouse règne même au fin fond du
désert, et où toute une industrie vit grâce
à la nécessité de dompter notre Savane
américaine.
Les deux réalisateurs, devenus maintenant
experts de l’herbe rase fouillèrent absolument tous les
recoins du jardin : des implications historiques et anthropologiques de
la présence de la pelouse en Amérique jusqu’aux
théories psychologiques et à l’aspect scientifique
entourant la culture du gazon, pas un brin d’herbe ne leur a
échappé.
Maintenant, c’est au spectateur de
découvrir avec fascination et humour
l’épopée poético-romantique de «La
Savane Americaine»